Le bogue du correcteur machine

Le bogue du correcteur machine

Quel est votre pire cauchemar en français ? Le mien était d’écrire « cauchemard » avec un D et que mon correcteur d’orthographe ne surligne pas l’erreur. Je sais, c’est idiot, mais j’ai récemment dû produire quelques lignes sous la pression d’un chef zélé et, pour une raison qui m’échappe encore, l’outil a bogué. Heureusement, le manager s’est laissé piéger par l’exception qui confirme la règle… Beaucoup de noms de la langue française se terminent par une consonne qui témoigne de leur appartenance à une famille de mots, excepté le mot « cauchemar » qui, malgré l’existence des mots « cauchemarder » ou « cauchemardesque », ne prend pas de D final !  

J’essaie de tester avec humour mon rapport aux outils technologiques, et plus particulièrement, mon addiction au correcteur automatique. Étant donné qu’il est intégré à la plupart de mes instruments de travail (traitement de texte, messagerie électronique, Publication Assistée par Ordinateur, Google, etc.), j’ai fini par développer une relation tout à fait étrange avec la notion de faute. Le risque d’erreur a quasiment disparu… Fautes d’inattention ? Envolées. Erreurs de saisie ? Pas possible. Oubli d’une lettre ? Connais plus. Pire, lorsqu’une suggestion ne me satisfait pas, j’ose « cliquer droit » pour « ajouter au dictionnaire ». Je me disais « bonne en orthographe » grâce au « correcteur machine » !

Enfin, c’est ce que je croyais car, ce matin-là, j’ai réalisé que j’ignorais tout du fonctionnement de ce bidule qui me corrigeait « à la volée ». C’est vrai, quand on y pense, quelles sont les sources de cet outil, ses contraintes et ses limites ? Qui l’a inventé, puis développé ? Qui le perfectionne ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et vous ? Pourtant, nous lui confions tous les jours ce que nous rédigeons. Comment sortir de cette addiction qui, certes, facilite grandement la vie (le gain de temps est inestimable) mais nous abandonne à notre triste sort dès que nous prenons le stylo ? Comment regagner un peu d’autonomie ? Faut-il reprendre à zéro les douze à quinze années d’apprentissage de la langue française à l’école ? « Laisse béton », chanterait Renaud. 

Quelques jours plus tard, j’ai croisé des membres du Syndicat national des prestataires et conseils en écriture (SNPCE) – oui, cela existe (en France) - et ils m’ont parlé du Certificat Voltaire, une certification en orthographe qui fait référence aujourd’hui. Il s’agit d’une épreuve qui dure deux heures mais qui peut nous réconcilier avec la langue française à l’écrit. Les difficultés les plus courantes y sont abordées sous la forme d’un questionnaire à choix multiples. Je déteste Voltaire (le souvenir d’un grand moment de solitude devant un tableau noir, probablement) mais j’ai « kiffé » le projet qui porte son nom, notamment grâce aux ouvrages de Marie-France Claerebout (*), l’un des membres du comité d’experts du Certificat Voltaire. Correctrice auprès des maisons d’édition, elle transmet le goût du jeu avec la langue française grâce à des « vitamines mnémotechniques », comme l’écrit en préface de l’un de ses livres, le Belge Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe !

Exemple :
Type de faute à repérer : « accompte » au lieu de « acompte »
Un acompte, c’est bien assez (AC).

Qu’importe le score ou le certificat en poche (peu de candidats ou de candidates obtiennent un score supérieur à 500 points sur 1000) ! Parfois, le plus important est d’essayer de déconnecter ce « correcteur machine » qui nous suit partout… 

Cécile Walschaerts


(*) Pour aller plus loin :  

The fasinatng... Fascinating history of autocorrect, par Gideon Lewis-Kraus, WIRED, 22 juillet 2014.

Correcteurs orthographiques et grammaticaux, Quel(s) outil(s) pour quel rédacteur ? par Christine Jacquet-Pfau, Revue française de linguistique appliquée 2001/2 (Vol. VI), p. 140.

Optimiser son score au certificat Voltaire, Marie-France Claerebout, PUF, 2016.

Question Orthographe Voltaire est un site ouvert à tous qui permet à ses utilisateurs de poser des questions relatives à des problèmes d’orthographe, et à la communauté d’y répondre. 

 


Crédit Photo : Mr TT pour Unsplash

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